L’Autriche s’apprête à franchir un cap décisif en matière de sécurité routière. Le ministère des Transports élabore actuellement une réforme du code de la route (Straßenverkehrsordnung) qui pourrait rendre obligatoire le port du casque pour les usagers de vélos électriques, trottinettes électriques et cyclomoteurs légers. Une mesure qui divise entre impératif de sécurité et promotion de la mobilité durable.
L’initiative intervient dans un contexte marqué par une hausse significative des accidents impliquant des usagers d’e-mobilité. Jusqu’à présent, le casque n’était obligatoire que pour les enfants de moins de 12 ans à vélo, tandis que les utilisateurs de trottinettes électriques n’étaient soumis à aucune contrainte. Mais la multiplication des accidents graves, et notamment des traumatismes crâniens, a poussé le ministère à envisager un renforcement des règles.
Depuis octobre 2023, un groupe de travail planche sur des recommandations, avec la participation du Conseil autrichien de la sécurité routière (KFV), fervent défenseur d’une obligation généralisée. Selon son expert Klaus Robatsch, le risque de lésion cérébrale grave est multiplié par sept en l’absence de casque.
Le monde médical se mobilise également derrière cette réforme. La Chambre des médecins de Vienne rappelle que près de 50 % des accidents de trottinette électrique touchent la tête, un chiffre confirmé par les services de traumatologie des hôpitaux viennois. La Wiener Gesundheitsverbund (WIGEV), gestionnaire des établissements hospitaliers de la capitale, alerte aussi sur l’alourdissement des charges dans les unités d’urgence.
Pour les professionnels de santé, l’obligation du casque constitue une mesure de prévention indispensable afin de réduire la gravité des blessures et de limiter la pression sur les infrastructures hospitalières.
Face à ces arguments sécuritaires, les associations de cyclistes dénoncent une approche qu’elles jugent contre-productive. Roland Romano, porte-parole de la principale fédération cycliste autrichienne, met en garde contre l’effet dissuasif d’une telle obligation : « Imposer le casque risque de décourager la pratique du vélo, alors même que l’objectif du gouvernement est de promouvoir une mobilité durable. »
Pour ces acteurs, la priorité devrait être donnée à l’amélioration des infrastructures cyclables et à des mesures structurelles de sécurité, comme la réduction des vitesses en milieu urbain. En d’autres termes, un casque peut protéger en cas d’accident, mais n’empêche pas que l’accident survienne.
Le ministre des Transports Peter Hanke (SPÖ) a confirmé que le projet de loi sera finalisé d’ici l’automne, après une phase de concertation estivale avec experts et parties prenantes. Le texte pourrait intégrer des exceptions liées à l’âge ou à certaines catégories d’usagers, même si ces points restent encore flous.
Cette réforme met en lumière un dilemme désormais classique dans la régulation des mobilités douces : comment concilier la sécurité des usagers, la fluidité des déplacements et les ambitions environnementales ? L’Autriche n’est pas isolée dans ce débat. Plusieurs pays européens ont déjà instauré des obligations partielles ou totales du port du casque, avec des résultats contrastés sur la pratique du vélo et de la trottinette électrique.
La présentation officielle du projet de loi est attendue d’ici la fin de l’année au Parlement autrichien. Elle pourrait marquer une étape importante dans la manière dont les pouvoirs publics encadrent la montée en puissance des nouvelles mobilités urbaines.
source : local.at